9 septembre 2009

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Hammershoi
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6 septembre 2009

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Pergolesi

On parodie...

Anselm Kiefer, Le dernier fagot, 2004

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«C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. ». Henri Calet


***


On parodie douleurs et

amours.


On en fait des masques sans fin

des mines qui s’allongent jusqu’aux confins des mondes.

On les étire en grimaces pour toucher le ténu,

la mince substance.

On se livre encore vif à l’amer et au désossé.


Le fantôme se délecte,

son souffle informe fait foi.


Là, dans l’épopée des nouveaux horizons,

règnent les pleurs et leur lignage.

Malgré les mots et la raison,

malgré les porteurs de flamme,

il nous faut pleurer —

esprit et corps,

ciel et enfer,

pleurer sans qu’aucune nuit ne s’épanche.


On pleure de se quitter, déjà,

en n'ayant rien su de la rencontre.


5 septembre 2009

Cavafy

Une nuit


La chambre était pauvre et vulgaire, cachée au-dessus de la taverne louche. De la fenêtre, on voyait la ruelle étroite et sale. D’en bas montaient les voix de quelques ouvriers qui jouaient aux cartes et se divertissaient.

Et là, sur l’humble lit plébéien, j’ai possédé le corps de l’amour, j’ai possédé les lèvres empourprées et voluptueuses de l’ivresse. Si empourprées, et d’une telle ivresse, que même en ce moment où j’écris, après tant d’années, dans ma maison solitaire, j’en suis de nouveau grisé.


Constantin Cavafy

Villa-Lobos, Julian Bream

Rien (encore)

Heinrich Aldegrever, Anger, from Virtues and Vices, 1552

ICI



Voici qu’un jour, Lui, vous délaisse. Un dernier mot gentil, évidemment non annonciateur du départ, le direct est tabou, le glissement vénéré, la métamorphose chérie, un dernier mot tout juste suspect de quelques égards inhabituels, d’une criminelle chaleur. Et puis, rien.

Quand on vous quitte pour une femme, un homme, un nouveau prophète, il y a matière. Matière à hurler sa souffrance, à arracher les yeux de l’une, la virilité de l’autre, le sacrement du dernier. Une façon de mettre de la distance entre soi et soi. De voir au bout de l’insupportable quelque responsable à maudire, une substance. La substance c’est le début de la survie, une accroche sacrée, la tombe sur laquelle on peut cracher sur ses morts, presque le bonheur.

Mais quand on vous quitte pour rien, c’est le grand blanc glacial. La colère rencontre le vide. Et comme elle est insatiable la colère, dévoratrice, elle croque l’être sous ses pieds. Il n’en restera rien, c’est dit. Justement rien, c’est moi. Et même, on vient de me le faire comprendre à lourds renforts d’absence, je se trouve être moins que rien.

Qui est de l’ordre de l’infini, de la folie des sphères, de larges lames d'insoluble qui débitent l’esprit en petites malles d’angoisse, qui vous livrent au vertige du tout, à son impossible réel (à sept ans confrontée à l’infini, toute une vie pour ne pas s’en remettre, toute une vie à lutter pour ne pas se démettre, toute une vie pour ça).

Asinus asinum fricat et le vide glorifie le vide, tout pareil. Destinée au vide. Rien n’est plus grave. Dansons et rions. Tel est le sort du monde. Inopportun.